Et si l’autre n’est pas d’accord avec l’idée de partir seul ?
C’est une situation fréquente. Et surtout, une situation légitime.
Lorsqu’un partenaire exprime une réticence, ce n’est pas forcément une opposition au voyage en lui-même. C’est souvent l’expression d’une inquiétude plus profonde.
Les peurs les plus courantes sont connues :
- peur de l’éloignement émotionnel
- peur de ne plus être nécessaire
- peur de la comparaison avec d’autres rencontres
- peur que le lien se fragilise
En psychologie de l’attachement, ces réactions sont associées à un besoin de sécurité affective, et non à un manque de confiance au sens moral.
Selon les travaux du psychiatre John Bowlby, fondateur de la théorie de l’attachement, le sentiment de sécurité dépend moins de la proximité physique que de la clarté émotionnelle et de la prévisibilité du lien.
Avant de partir seul, il est donc essentiel d’ouvrir un espace de dialogue. Pas pour convaincre. Mais pour comprendre.
Comment en parler sans créer de conflit
La manière d’aborder le sujet est souvent plus importante que la décision elle-même.
Certaines approches favorisent l’apaisement :
- exprimer un besoin personnel plutôt qu’un reproche
- rassurer explicitement sur l’intention
- définir un cadre clair et rassurant
Par exemple, dire :
« J’ai besoin de ce temps pour me recentrer, pas pour m’éloigner de nous. »
En communication non violente, on parle d’un message centré sur le besoin, et non sur la faute ou le manque de l’autre.
Il ne s’agit pas d’imposer, mais de co-construire une décision acceptable pour les deux.
Les règles d’or pour partir seul sans fragiliser son couple
Partir seul peut être bénéfique, à condition de respecter certains repères.
Ne pas partir pour fuir un conflit
Si le voyage sert à éviter une discussion nécessaire, le retour risque d’être plus difficile que le départ.
Les thérapeutes de couple insistent : les vacances en solo ne doivent pas remplacer un travail relationnel indispensable.
Définir un cadre clair avant le départ
Durée du voyage. Destination. Modalités de contact.
Ces éléments rassurent et évitent les interprétations anxiogènes.
Maintenir un lien léger mais présent
Un message. Une photo. Un appel bref.
Pas pour rendre des comptes, mais pour maintenir une continuité affective.
Prévoir un temps ensemble au retour
Anticiper les retrouvailles permet de donner un sens commun à la séparation temporaire.
Cela transforme le voyage en parenthèse, et non en rupture.
Que faire pendant que l’autre est parti ?
Rester pendant que l’autre voyage peut réveiller des émotions ambivalentes.
Solitude. Liberté. Manque. Soulagement parfois.
Plutôt que de subir cette période, elle peut devenir un espace personnel fertile.
- reprendre des activités délaissées
- renouer avec des relations amicales
- explorer ses propres envies
Selon l’American Psychological Association, le fait de maintenir des sphères personnelles autonomes favorise la stabilité émotionnelle dans le couple.
Le couple ne disparaît pas pendant l’absence. Il change simplement de rythme.
Témoignages : quand le voyage en solo renforce le lien
Paul, 34 ans :
« J’ai fait le tour du Mont-Blanc seul. Ma compagne n’aimait pas la randonnée. Au retour, j’avais l’impression d’avoir ramené quelque chose de précieux à partager. »
Sophie, 39 ans :
« Partir seule après la naissance de notre enfant m’a permis de me retrouver. Mon conjoint a compris que ce n’était pas un rejet, mais une nécessité. »
Ces récits illustrent un point essentiel : ce n’est pas le voyage en lui-même qui fragilise, mais le non-dit autour de celui-ci.
Quand partir seul devient une tradition de couple
Certains couples intègrent cette pratique dans leur fonctionnement.
Une fois par an. Ou selon les besoins.
Chacun s’autorise un temps à soi, sans culpabilité ni suspicion.
Les bénéfices rapportés sont récurrents :
- moins de frustrations accumulées
- plus de liberté individuelle
- une complicité renouvelée
En sociologie du couple, on parle alors de relations à forte autonomie coordonnée.
Source : Cairn – Autonomie et couple contemporain
Ce que partir seul dit du couple
Partir seul n’est ni une obligation, ni une preuve de maturité universelle.
Mais lorsque cela fonctionne, cela révèle souvent :
- une confiance mutuelle solide
- une sécurité affective suffisante
- une reconnaissance de l’individualité
À l’inverse, l’impossibilité totale de séparation, même temporaire, peut parfois signaler une dépendance affective.
Ce n’est pas une accusation. C’est un indicateur possible.
Alors, faut-il partir seul quand on est en couple ?
Il n’y a pas de réponse universelle.
La bonne question n’est pas :
« Est-ce normal ? »
Mais plutôt :
« Est-ce juste pour moi, et respectueux de nous ? »
Lorsque la décision est consciente, discutée, et alignée avec les besoins des deux partenaires, le voyage en solo peut devenir une ressource, et non une menace.
Note autrice
Camille Aubert écrit sur les relations contemporaines, l’autonomie affective et les transformations du couple.
Ses articles s’appuient sur la psychologie du couple, la sociologie des liens affectifs, et des sources issues de la recherche en sciences humaines.
Disclaimer
Cet article propose une réflexion informative et relationnelle. Il ne remplace pas un accompagnement thérapeutique, psychologique ou médical.



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